Olga

Goma

"La vie est pleine d’épreuves, mais aussi de grandes joies. La clé, c’est la persévérance et la bienveillance."

Je m’appelle Olga Abdala. Je suis congolaise de la république démocratique du Congo. Après ma naissance dans la région du Katanga, ma famille s’est installée au Nord-Kivu, dans la ville de Goma. C’est en janvier 2002 que l’éruption du volcan Nyiragongo, au nord de Goma, nous a obligés avec ma famille à quitter la ville. Nous sommes partis en direction de Bukavu, au Sud-Kivu. Nous avons marché, en traversant le Rwanda pendant plusieurs jours. Une fois arrivés à Bukavu, nous nous sommes répartis pour loger chez les uns et les autres. Après quelques mois, ma famille a décidé de retourner à Goma pour y retrouver ses habitudes. Je suis la seule, parmi tous les enfants, à avoir choisi de rester chez un oncle pour poursuivre mes études. Je n’avais pas envie de repartir. Je découvrais une nouvelle ville, une nouvelle culture, une nouvelle façon de vivre, de nouveaux camarades de classe, etc. Je ne savais pas alors que la situation à Bukavu allait vite se dégrader. Je ne comprenais pas pourquoi, pendant plusieurs jours, nous étions obligés de rester enfermés dans la maison et quelquefois même, nous devions demeurer allongés sur le sol. Je ne comprenais pas pourquoi mon oncle ne devait pas parler trop fort au téléphone. Je ne mesurais pas le risque que représente le fait d’être une femme. Je ne comprenais pas pourquoi nos voisins demandaient à mon oncle de se coucher par terre devant eux alors qu’ils avaient l’habitude de rigoler ensemble.

En mai 2004, nous avons été sous le feu de l’offensive de Bukavu. Offensive pendant laquelle des femmes sont violées, des hommes et pères parfois obligés de faire certaines choses immondes. Pendant les affrontements entre les forces rebelles et l’armée de la R.D.C., plusieurs personnes perdent la vie, militaires comme civils, des magasins et des maisons sont détruits et pillés.

L’école au-delà des frontières

À l’été 2005, l’année scolaire terminée, je retourne à Goma avec mes parents. Je me retrouve entre la joie de revivre auprès de ma famille, quelques amis d’enfance, et le fait de devoir m’habituer à mon nouveau collège, à mes nouveaux camarades de classe.

La rentrée scolaire arrive, tout s’annonce plutôt bien, c’est parti pour 3 belles années dans ce collège. Je redécouvre la ville. Ses habitants la reconstruisent, de nouveaux bâtiments sortent de terre. La vie s’écoule tranquillement, joyeusement… jusqu’en mai 2008 lorsque Goma est elle aussi touchée par la violence. Dès que les premiers combats surviennent entre les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), les civils sont victimes d’atrocités.

En octobre, mes parents sont à l’étranger pour raisons professionnelles. Les attaques se rapprochent dangereusement. Nous sommes seules à la maison avec ma petite sœur. Il faut fuir, vite. Des proches nous conduisent dans la nuit rejoindre ma mère et un de mes frères à Nairobi. Nous arrivons saines et sauves au Kenya. C’est un nouveau départ, dans une culture complètement différente, avec une nouvelle langue — l’anglais —, des gens que je ne connais pas du tout et un nouveau système scolaire. Nous sommes acceptées au lycée français de Nairobi, le lycée Denis-Diderot. Moi qui étais en dernière année scientifique, je pense qu’en toute logique je vais être inscrite en terminale S. Mais non. Je dois m’inscrire en 1re S. La raison ? Le bac français que je n’ai pas passé en 1er et la LV2 que je n’ai pas choisie pendant mon cursus au Congo mais qui est obligatoire dans le système français.

“Encore une année scolaire perdue !” Les débuts sont assez compliqués. Nous habitons si loin de l’école que le bus scolaire ne vient pas jusque chez nous. Nous passons tellement de temps dans les transports en commun que nous nous endormons en chemin. Le soir, de retour à la maison, il faut faire les devoirs, préparer les partiels, etc. Avec les encouragements de ma famille, nous tenons le coup. C’est l’affaire de quelques mois avant notre emménagement dans un appartement plus proche de l’école.

S’orienter à Béziers

Les 2 années passent finalement assez vite. Le bac approche, il faut faire ses choix pour les études supérieures. Je découvre le site APB (Admission post-bac), actuel Parcoursup. Je n’y connais absolument rien, et encore moins sur les études en France. Je suis complètement perdue !

Comme si cela ne suffisait pas, je ne sais pas ce que je veux faire. Moi qui ai longtemps pensé me consacrer à la médecine, cela ne me tente plus. Il faut donc commencer par trouver ma voie.

En premier choix, j’inscris “DUT réseaux et Télécommunications” à l’IUT de Béziers – université Montpellier 2. Tout en n’ayant aucune idée où cela pourrait me mener. Je ne savais pas ce qu’était un DUT, et encore moins les réseaux informatiques. “On verra bien ce que ça donne.” Je valide mes choix. Peu de temps après, alors que je suis à Antananarivo (Madagascar) avec mes camarades de classe pour passer le bac, je reçois les résultats : mon premier choix a été retenu. Je suis très contente et, je me dis, ça y est, destination Montpellier. Convaincue que Béziers est un “quartier” de Montpellier !

Le 25 août 2010, nous atterrissons à Paris puis à Montpellier avant de rejoindre Béziers par la route avec mon père. Il faut tout préparer, vite s’adapter. Je me souviens encore de ce premier matin de l’année scolaire, dans l’amphithéâtre. Assise au premier rang, je me retourne pour regarder mes camarades de classe. Une seule question me vient à l’esprit : “Sont-ils aussi là par hasard, comme moi ?” 

Créer son réseau

Je fais très rapidement connaissance de Faty, qui vient de se réorienter après une première année passée à l’université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC) à Paris en licence physique chimie mécanique et électronique (PCME). Le monde des réseaux et télécommunications est donc nouveau pour toutes les deux. Plus qu’une camarade, Faty devient une sœur pour moi, quelqu’un avec qui on a partagé les hauts et les bas, on s’est soutenues mutuellement dans les moments difficiles.

L’heure des travaux pratiques (TP) arrive et le premier est celui d’électronique. Je ne suis pas habituée à ce langage technique. La classe doit former des binômes. Avec Faty, on se dit que le mieux serait de se mettre en binôme avec d’autres personnes ayant plus d’expérience pour ne pas se trouver complètement à la ramasse. Personne ne veut se mettre avec nous. La première chose à laquelle je pense est : « Nous ne sommes peut-être pas assez intelligentes pour eux. » Heureusement qu’avec Faty nous nous sommes ressaisies et avons décidé de ne pas baisser les bras. Au bout des 5 séances de TP, nous recevons nos notes : 15/20.

Tout s’enchaîne… les bonnes notes, les encouragements de mes professeurs, la fierté de mes parents, je finis major de promotion et la confiance est à son summum.

Une question demeure : que vais-je faire après mon DUT ? Mais j’ai de la chance, grâce à mes très bonnes notes, mes professeurs s’intéressent à moi. Ils me conseillent une orientation vers un cycle d’ingénieur en m’expliquant les différents  moyens d’y arriver, en me listant les différentes écoles où je peux postuler, ils me rédigent même des lettres de recommandation.

De La Haye à Toulouse

Je prends donc en considération tous leurs conseils et me dirige vers la voie des écoles d’ingénieurs. Il faut trouver un stage de 10 semaines afin de valider mon DUT. Je m’active et envoie mon CV un peu partout. Des réponses négatives, j’en reçois. Pour d’autres je n’ai pas de retour, mais ce n’est pas grave, rien ne m’arrête.

Je postule même à la Cour pénale internationale (CPI) après qu’un beau-frère m’a dit qu’ils avaient besoin de stagiaires en ICT (Information and Communication Technology). Je dois avouer que j’avais postulé sans trop y croire. On parle quand même de la CPI !

Aux alentours de novembre de la même année, une société éditrice de solutions de technologies de l’éducation, basée à Paris, me répond favorablement. Je viens à Paris pour passer l’entretien. Je suis prise pour un stage en administration des systèmes et réseaux d’avril à juin 2012. Wow ! J’y crois à peine. J’entame les processus de signature de convention de stage. Décembre passe. Pour moi, c’est vraiment mort pour la CPI.

Mais, voilà, la vie est ainsi faite, au moment où je n’y pense plus du tout, en février, la CPI me répond. Ma candidature est acceptée ! Ma loyauté ne me permet pas d’annuler mon stage à Paris. Je joue la carte de la transparence et j’explique que je serais ravie de faire un stage pendant l’été. À ma très grande surprise, la CPI accepte. J’enchaine les 2 stages et les déménagements. Juste le temps de faire la soutenance de mon premier stage et d’obtenir mon diplôme de DUT. Je suis en plein stage à la CPI lorsque je reçois un courrier de l’INSA de Toulouse (dernière école d’ingénieurs dont j’attendais le retour avant de me décider). Je suis acceptée sur dossier. Je valide mon inscription.

La rentrée scolaire à l’INSA n’attend pas. Très/trop confiante après mon DUT obtenu, major de promotion, je me dis que ça ne devrait pas être très compliqué. Ayant enchaîné les deux stages, à Paris et La Haye, je n’ai pas eu de vacances, je me permets un petit relâchement. Erreur ! À la fin de l’année, je ne valide pas trois cours et dois reprendre ma première année d’ingénieur. La leçon est apprise, ça fait mal, c’est frustrant, mais il faut se ressaisir et avancer. C’est ce que je fais les années suivantes et ça paie.

Être un Different Leader

En 2014, je découvre Article 1. Grâce à ma tutrice et aux autres membres de Article 1, j’apprends de plus en plus sur le monde professionnel, je suis coachée sur la rédaction de mon CV, les entretiens d’embauche, etc. En 2015, j’ai la chance d’être sélectionnée avec d’autres tutorés lors du concours “We Made It” pour partir à Shanghai. Je passe 10 jours magiques entre visites d’entreprises et découverte de la mégapole. À mon retour en France, pour renvoyer l’ascenseur, je deviens ambassadrice et j’intègre ainsi la communauté des Different Leaders.

En février 2016, je commence mon stage de fin d’études à Paris dans un cabinet de conseil, Solucom (aujourd’hui Wavestone). Quatre mois plus tard, mon manager me fait une proposition de CDI. Quatre ans après, je suis toujours consultante chez Wavestone en architecture des systèmes d’information. Je me suis mariée entre-temps et je suis une jeune maman ! Je suis toujours une Different Leader parce que je crois que l’égalité des chances est une cause qui vaut largement la peine d’être défendue. Il est temps que les choses changent.